Les Spectres de Holland Park : extrait 2

Journal d’Andreas De Veelde - Harivpuram, février 1860

JungleVoici maintenant deux jours, nous avons dû abandonner nos montures pour continuer notre progression. J’aurais évidemment choisi de les confier plus tôt à la garde du dernier village Gond que nous avons croisé, si la passion des chevaux et l’entêtement de celui qui nous a conduit ici ne nous avait contraints à ce déplorable choix. La jungle se referme à chaque pas derrière nous ; nous ignorons encore s’il nous sera possible de revenir en arrière. Les six bêtes et la charrette ont été laissées près des berges rocailleuses du torrent, avec pour seuls gardiens les quelques valets de Stalker. Ceci devrait permettre de trouver l’eau nécessaire, en espérant qu’ils réchappent à la griffe du tigre.

Devant nous, la forêt érige des barrières impénétrables. À travers les fougères et les lianes, taillant les buissons et des basses branches, j’ouvre la marche à coups de machette. La sueur dégouline devant mes yeux, se mêlant à l’abondante condensation qui ruisselle du feuillage. Tourbillonnant parmi les vapeurs, des nuages de moucherons brouillent par instants ma vision. Mon commanditaire avance pesamment sur mes talons, s’appuyant sur le canon de son fusil en guise de bâton de pèlerin ; j’ai refusé que mon ordonnance se charge de son paquetage, comme il l’exigeait au départ. Jones transporte ses effets et sa part d’équipement ; Kadesh assure l’arrière-garde.

Shantar Je le sais constamment aux aguets, épiant le moindre bruit, guettant les frondaisons des arbres et l'entrelacs des racines pour y surprendre le plus léger mouvement. Notre sécurité à tous dépend de sa vigilance. Il y a bien des années, un de mes Sipahi placé au même poste commit l’imprudence de s’arrêter un instant, laissant la colonne continuer devant lui.
Alertés par un hurlement et une détonation, nous n’avons retrouvé que son arme, son couvre-chef, et un avant-bras arraché.
Nous gravissons de nouveau le flanc d’une antépénultième colline, tandis que la vallée résonne de l’écho inlassable du cri des macaques. Dans quelques heures, si je me fie à ma boussole et à l’estime que j’ai consignée sur mon carnet, nous devrions être en vue des premières constructions. Bientôt si tout se passe comme prévu, nous serons riches.

(à suivre)